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#11
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| Je me permets de mettre un petit extrait du chapitre III pour les faignants qui seraient juste allés voir et comme ça peut paraître long à lire.... hop je passe mon chemin. Euh c'est un peu mon style dès qu'il y a plus de 4 lignes je sors mais là pas envir de bosser cet PM alors pourquoi pas.Bon allez je vous livre ce morceau qui j'ai trouvé tout simplement ENORME. Pour faire bref un mec se retrouve en entretien à l'ANPE pour le suivi de ses recherches "Quand tu es en mode check-call depuis le début, il n’y a que deux façons de remporter backdoor si tu n’as pas amélioré à la river : Grosse relance d’entrée ou un bon vieux check-raise des maisons. Mais cette seconde solution est plus risquée, parce que si en face ça checke aussi, c’est l’abattage ! Et si t’es weak, t’es mort ! Donc raise ! (Confortablement installé devant son feu de cheminée, il revoit le bureau qu’il ne connaît que trop, austère, la conseillère qui signe ses courriers, austère elle aussi…) Préflop : - Elle relance léger pour tester : A quoi attribuez-vous l’insuccès de vos recherches ? - Je suis pour voir : Je ne sais pas, peut-être que je me fourvoie depuis le début. Peut-être que je ne suis pas fait pour ce à quoi je suis formé finalement. Flop : - Elle mini raise encore : Ah ! Et vous avez réfléchi à ce que vous voudriez faire ? - I call : Réfléchi ? Inutile ! Je n’ai qu’un centre d’intérêt, qu’une passion, et croyez-moi, vous ne pourrez rien pour accéder à mes aspirations. Turn : - Elle checke : C’est bien d’avoir une passion. Qui mieux que les fervents défendent la cause ? Si vous m’en disiez plus… Nous avons un grand nombre de fiches techniques, de quoi répondre à tous les profils de carrière… - Je checke aussi : Eh bien si vous avez une fiche pour un joueur de poker… River : - Elle bet la moitié de son stack : Poker !? Je vous parle d’avenir professionnel et vous me parlez de poker !? Il y a des gens sérieux ici qui cherchent à s’en sortir. Vous me faites perdre mon temps et le leur ! - On tilt, je pars à tapis : Mais je suis sérieux ! Du soir au matin et du matin au soir je joue. J’organise ma vie en fonction des horaires des tournois. Dans la rue, partout, la moindre série de chiffres ou de lettres, je cherche mon tirage. J’insulte mon voisin s’il me réveille au milieu d’un coup en claquant sa porte. A l’apéro je ne sers que des chips. J’ai éjecté tous mes anciens potes qui ne s’y intéressaient pas. Moi ce que je veux c’est vivr… Mais au fait ! J’ai un moyen de m’immerger professionnellement dans le jeu. Pour chaque pile (et voilà qu’il voit des jetons !) il y a une face : croupier ! Ils doivent bien avoir une fiche croupier à l’ANPE, ça devrait être négociable ça. Quoique… qu’est-ce que je vais répondre quand elle me demandera d’où m’est venue l’idée ? |
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#12
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| La suite (chapitre 6 et 7) avec la permission de l'auteur (qui a un probleme avec son blog). Crow Series Of Poker - Chapitre 6 : M@Geek^aw. CETTE HISTOIRE EST BASEE SUR DES FAITS VIRTUELS. TOUTE RESSEMBLANCE AVEC UNE PERSONNE REELLE EST FORTUITE. (Juin dernier…) ALERTE ROUGE CASSE-COUILLES EN APPROCHE Sa mère vient d’ouvrir la porte de la cave. -A TAABLEEEEEEE ! Y’en a marre, on se croise même plus ! -Ca va je m’en tape de ta bouffe de mer** ! (dit-il en jetant une énième cannette qui retentit en fa dièse sur la montagne de sodas et autres emballages déjà amoncelés.) -Et tu me parles pas sur ce ton ! T’es encore chez moi ici ! -C’est bon j’te parle comme je veux ! Ferme ta gueule et la porte en sortant ! […] (Après quelques minutes de conversation pour le moins stérile…) [14:01:06] <M@Geek^aw> euha [14:01:08] <M@Geek^aw> scuz moi [14:01:12] <M@Geek^aw > irc c pas ma vraie vie [14:01:20] <M@Geek^aw > g des contacts sociaux autour de moi (Un an plus tard…) ALERTE ROUGE CASSE-COUILLES EN APPROCHE Sa mère vient d’ouvrir la porte de la cave. -A TAABLEEEEEEE ! -Ouais ça va chui pas sourd ! Chui en FT d’un MTT et j’ai 3 SnG en cours, c’est un bon rush j’peux pas lâcher là, mais t’inquiètes ! Juste avant de l’appeler pour manger elle avait ouvert l’enveloppe non adressée, avait hésité parce que la première épreuve du bac est proche, mais sensible aux efforts accomplis elle s’était finalement décidée à la déposer sur son assiette. Une fois de plus il mangera froid alors qu’elle se décarcasse ? Une fois de trop ! Excédée, elle brûle l’invitation. Faut pas pousser mémé dans les orties ! Lorsque le dernier filet de fumée s’estompe au-dessus du cendrier, elle abaisse le disjoncteur du compteur d’alimentation générale. Il remonte en trombe. -Qu’est-ce qui s’est passé ? -Il se passe que quand je dis à table, c’est à table ! -Mais t’es malade !? C’est de l’argent que je joue là ! -On avait conclu un contrat : tu séchais plus les cours, tu mangeais, te lavais, dormais normalement et tu conservais le privilège de ton espace. Donc la prochaine fois t’oublieras pas que c’est –EV de commencer un tournoi qui risque de ne pas être fini à l’heure du repas. Tu vois j’essaye de comprendre quand tu m’expliques un truc ! Fais pareil ! En fin de troisième il avait ramené un bulletin de note avec les félicitations du conseil de classe. Alors pour son quinzième anniversaire, ses parents lui avaient permis d’aménager ses propres appartements dans le sous-sol de leur spacieuse villa. Il gratouille quelques notes de musique avec ses copains, joue à des jeux de plateaux, fréquente quelques forums et de fil en aiguille il découvre les MMOSG. Ogame, jeu de stratégie guerrière spaciale. Ogame : attaquer, coloniser, piller, construire, produire, défendre, bâtir un empire reconnu comme le plus puissant. AVERTISSEMENT AUX UTILISATEURS : la construction de bâtiments peut prendre de quelques heures à quelques jours, vos points d’expérience ne seront acquis qu’au terme du développement. Vous serez attaquer pendant vos absences. Il est fortement conseillé aux Raideurs et aux Recycleurs de se connecter régulièrement. Le couple va mal. Un casque-micro pour ne plus entendre les engueulades parentales. Un été aura suffi pour que le jeu le happe : le besoin d’attention, la course au classement, les raids nocturnes, l’attente du retour des transporteurs de 3h30 am, le lancement des recyclages qui seront affichés au HoF de 4h30 am, animer le forum, créer des alliances, veiller au respect de la Cause, la petite bête monte monte monte, c’est la dégringolade… Niveau 41 sur le forum. Points d’expérience : 2'384’174 Prochain niveau : 2'530’022 Univers 3, Univers 13, Univers 20, Univers 21, Univers 25, Univers 28, Univers 30, Univers 32, Univers 40. Respect ! Tristes univers où faire l’amour signifie être équipé d’une main droite et de quelques copines en .jpg… Le père quitte le domicile, la mère lutte pour redresser la barre, chavire, se débat, se heurte la tête à l’hologramme de la cave, cesse de résister, se laisse couler et c’est le naufrage. Un matin au réveil, 14h43, il monte pour son expédition-frigo quotidienne. Sa mère, censée être au travail, gît sur le sol de la cuisine : surdose de neuroleptiques associés à quelques verres d’alccol. Percuté de plein fouet, il est catapulté dans la réalité de ce corps étendu à ses pieds, le corps de sa mère qui ne reprendra pas 1D10 points de vie au prochain tour s’il ne fait rien. Il la sauve. Déclic : l’excès est destructeur. Il aurait préféré mourir plutôt que d’avoir été un jour le témoin de cette scène. Lui, nouvellement promu modérateur du forum, respecté et reconnu de toute la communauté, fera ses adieux à la Cause. Sincères condoléances Ogamers ! Lorsqu’on perd un être cher on s’accroche à un détail qu’on laisse en place par crainte d’oublier. C’est souvent un objet. Puis un matin on se lève et on le range naturellement. Sans y prendre garde on vient d’achever le travail du deuil. Lui, c’est le bloc lumineux « Alerte rouge… » relié à un contacteur déclenché par l’ouverture de la porte. Seul vestige de son ancienne existence virtuelle. Au moment venu il le démontera. Elle, a touché le fond, mis un grand coup de talon, retrouvé ses ressources. Lui, s’est sevré. Eux, ont rebâti les fondations d’une famille sur une chartre commune. Perdre un membre n’est pas perdre la vie. Lui, déborde un peu des fois. Elle, recadre illico presto. Un substitut est quelquefois nécessaire à une désintoxication réussie. Le poker avait été ce médiateur. Un jeu de stratégie où tu ne perds pas l’acquis pendant ton sommeil, des points d’expérience exprimés en $ sur un compte Neteller, une possibilité de classement pour une marche lente vers les gros tournois en vraie table, avec des adversaires en chair et en os, une communauté de joueurs paradoxalement moins avides, ses codes, ses signes de reconnaissance, ses forums de discussions, les amitiés qui s’y créées… Pas si différent au fond. Pas si différent à une exception près : compatible avec la vie ! Et le compromis était devenu passion. Il oeuvrait, jouait, lisait, échangeait, poursuivant un ultime objectif : se qualifier pour un tournoi in real life. On venait de lui offrir cette opportunité et sa mère l’avait réduite en poussière dans un vulgaire cendrier… Erreur parentale là ! Qu’elle lui dise aujourd’hui, tant qu’il est encore temps pour lui de confirmer, ou qu’elle se taise à jamais… Dernière modification par Nyan ; 15/03/2007 à 18h37. |
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#13
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| Crow Series Of Poker - Chapitre 7 : Mathilde et Cyprien. Mathilde et Cyprien, deux quinquagénaires déjantés qui mènent des études en ethno-sociologie. Leur terrain de jeu ? L’espèce humaine et ses comportements. A titre d’exemple, la semaine dernière, sur la place du marché, elle a installé une petite table pliante recouverte d’un tissu satiné bordeaux aux reflets chatoyants. Sur la table une simple pièce de 2€ avec une étiquette en carton plié en chevalet sur laquelle était écrit : 1€. Elle est restée assise quatre heures derrière la table, toute disposée à répondre à toutes les questions. Des dizaines de curieux se sont arrêtés, ont regardé la pièce, l’ont soupesée, mordue, ont souri, ri même pour certains. Mais elle n’a pas trouvé acquéreur. Mais oui mais c’est bien sûr ! Qui serait assez dupe pour acheter une authentique pièce de deux euros à un euro seulement !? (J’avoue que quelquefois leurs expériences me laissent perplexe… Elles seraient dignes d’une caméra cachée. Pourtant elles donnent toutes lieu à des rapports très sérieux.) Tous deux sont joueurs depuis très très longtemps, étudiants en quatrième année, ils avaient un sujet d’étude en binôme : « Prendre une décision en situation incertaine et partiellement observable. » Ils avaient choisi le poker. Lorsqu’ils sont rentrés dans ce tripot pour la première fois, ils ne savaient pas encore qu’ils se prendraient au jeu. Les séances d’observations se sont étalées sur plusieurs semaines au cours desquelles ils sont devenus, entre autre, leur propre champ expérimental. Ils ont développé les différentes approches de la prise de décision en table : intuitive, mathématique, comportementale, hasardeuse… Les ayant chacune décortiquée jusqu’à leur paroxysme, ils se sont essayés à toutes et ont finis par devenir d’inconditionnels joueurs. Lorsqu’ils jouent pour jouer, ils font souvent mine de regarder leurs cartes mais agissent exclusivement in the dark, ils jouent les adversaires et non les cartes. Lorsqu’ils poursuivent leurs investigations, ils adaptent leur jeu aux hypothèses pour les vérifier. - Qu’est-ce que tu veux faire ce soir chérie ? - Une petite séance de transformisme peut-être… ? - Héhé ! Bonne idée ! La saison commence, c’est le moment idéal. Ils habitent sur la côte méditerranéenne, à deux pas d’un des plus prestigieux casino du littoral. Le paysage pokérien en été y est assez simpliste : il y a d’une part les petits poissons, des touristes pour la plupart qui ne resteront guère plus de deux semaines et qui jouent au poker sans aucune notion, et d’autres part les requins, des rentiers pour l’essentiel, qui sont là pour manger les premiers. Leur petit jeu à eux consiste à s’asseoir successivement à une table sous les traits de personnages radicalement opposés pour observer l’influence de « l’image » sur le comportement de jeu des adversaires, poissons ou requins. Lorsqu’ils jouent pour jouer, ils sont ensemble. Ils ne trichent pas, l’air de ne pas se connaître, l’un respecte les relances de l’autre ou surenchérit au contraire pour le renforcer et isoler les opposants. Ils rentrent dans peu de coups et poussent généralement au forfait avant le showdown. Grignotant et effrayant les petits tapis. Ce soir ils entreront alternativement, l’un remplacera l’autre, lui laissant le temps de changer de peau. Elle rentrera la première sous les traits d’une bourgeoise distinguée, il suivra en immanquable exubérant m’as-tu-vu, puis viendra la « vulgaire » et enfin le timide qui passerait derrière les affiches sans les décoller. Ils occuperont l’après-midi à réunir les accessoires nécessaires et à s’exercer aux maquillages requis. Tout tient dans les détails. La bourgeoise sera sobrement vêtue, ornée de bijoux discrets mais non sans valeur, son maquillage sera pondéré. Gestuelle gracieuse. L’exubérant sera harnaché d’une chemise hawaïenne la plus colorée possible, entrouverte sur le torse laissant deviné une grosse chaîne en or. Il portera chevalière, gourmette et montre en or également. Cheveux gominés plaqués en arrière. Il forcera sa voix naturellement grave pour s’imposer dans toutes les conversations, sans la moindre distinction. La vulgaire sera vieillie par un maquillage adéquate, elle portera des vêtement de luxe mal assortis, un maquillage forcé à effet masque, un vernis écaillé, des talons trop hauts. Une cigarette éteinte au coin des lèvres. Bijoux en toc. Le timide aura de larges lunettes en plastique marron rafistolées avec un bout de scotch sur la monture, chemise et pull over malgré la canicule naissante de juin. Ils sortent faire quelques emplettes pour leur escapade scientifique du soir. Au retour c’est lui qui prend le courrier dans la boîte aux lettres, il passe le doigt dans la pliure et déchire l’ouverture d’une enveloppe sans même remarquer qu’elle est cachetée à la cire rouge. La présentation de la lettre qu’elle contient le surprend alors il la lit à voix haute : « Rencontre entre Grands samedi 13 tout frais payé Départ de votre domicile à 19h30 Votre suite est réservée au complexe hôtelier « Scandinavia » Confirmation obligatoire auprès de la réception jusqu’à lundi 20h au plus tard Noms : Mathilde et Cyprien Tournoi privé de 10 joueurs avec prizepool de 10 000€. Une place paye. Tout joueur absent ne sera pas remplacé Si un seul confirme il sera déclaré gagnant par défaut. GG !" - Un tournoi !? Hmm je ne vais en faire qu’une bouchée ! - Non ! JE vais les croquer ! - Non moi ! - Non moi ! - Nn… Ils réalisent alors qu’en trente ans de vie maritale et des centaines d’heures de jeu, ils n’ont jamais été adversaires, ils ne se sont jamais affrontés, ensemble en cash game ou séparément en tournoi mais jamais l’un contre l’autre. Toutes leurs stratégies ont toujours été communes et savamment mise au point de concert. Ils n’ont jamais eu besoin de se faire de signe, ils ont toujours su ce qu’avait l’autre et le but de son move. Et cette proximité les éloignait soudain. Ils se connaissent tant qu’ils semblaient tout à coup étrangers l’un à l’autre. Pour la première fois elle se sentit déstabilisée, elle avait besoin de savoir. - Ok ! Je te prends en head’s up là tout de suite sur la table de la cuisine ! Mangera bien qui mangera le dernier ! |
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| Bien bel ouvrage que ce blog.... + de reput pour ce joli travail !!!
__________________ ![]() Searching, seek and destroy... |
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| Bon la suite c'est pour quand je m'impatiente là.... ![]() |
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| Crow Series Of Poker - Chapitre 8 : Erwan. (Auteur : Hella) Il y a des années que je n’ai pas remis les pieds dans ce quartier. C’est là que j’ai passé mon enfance. J’y reviens non sans raison : je vais inviter en personne un ami qui m’est cher et que j’ai perdu de vue depuis le déménagement de mes parents il y a 6 ans. Nous avons grandi ensemble, côte à côte, il a toujours été plus turbulent, plus téméraire, et de ce fait l’instigateur. Homme ou femme, on a toujours une affection toute particulière envers nos initiateurs lors d’expériences marquantes. Il est l’un de ceux-là. Organiser un tournoi sans lui est absolument inconcevable. Lorsqu’on s’est quitté, il s’était engagé sur une pente glissante, il jouait beaucoup, trop, trop gros, trop souvent, à des tables sur lesquelles je ne pouvais plus le suivre. Je sais que je le retrouverai là où je l’ai laissé. On est resté en contact quelque temps, j’ai su que ses parents lui avaient donné la jouissance de la propriété familiale lorsqu’ils sont partis. Et je le connais assez pour savoir que ça n’est pas le genre à trimer s’il peut être hébergé aux frais de la princesse – Et on ne lui en tiendra pas rigueur. – C’est à peine si je reconnais les lieux, heureusement que le nom des rues n’a pas changé, c’est à peu près la seule chose qui n’a pas été transformé en six ans seulement. Les maisons bourgeoises et leur parc sont maintenant enserrés entre les parcelles bétonneuses des lotisseurs. C’est fou ! Un regard nostalgique en passant devant la demeure de mon enfance et je retrouve machinalement le chemin de la sienne. Trajet que j’ai fait des milliers de fois dans les deux sens lorsqu’on se raccompagnait de se raccompagner de se raccompagner pour gratter quelques minutes sur l’heure du couvre-feu. Je pousse la lourde grille qui résiste. Au premier abord, protégé par son épaisse haie de conifères, je n’avais pas remarqué le jardin en friche. Les ronces ont envahi les camélias, des herbes de près d’un mètre de haut entravent l’allée et les parterres, les rosiers cinquantenaires, fierté de la famille, n’ont pas été taillés. La maison est close, tout semble à l’abandon. Un frisson me parcours de bas en haut. Mais lorsque mon regard se pose sur la grille, je suis soudain enclin à une violente crise de tremblements : la porte est fermée par une chaîne et sous scellés officiels. La première image qui me traverse l’esprit est celle d’un assassinat, remake d’un mauvais film américain. Je reste longuement debout, immobile, cherchant désespérément un signe qui infirmerait cette représentation. Je le vois étendu sur le tapis persan de leur living room, une balle dans la tempe. Mais il n’y a rien, tout a disparu : la tonnelle et le salon de jardin de l’époque victorienne, la balancelle, les statues empire qui ornaient le parc, il ne reste rien du havre que j’ai connu. Je dois savoir mais je n’ose entendre la vérité. Incapable de penser, incapable de bouger, la vision brouillée de larmes, j’attends. Je revois le jardin, nos jeux d’enfants, nos cachotteries d’adolescents pré pubères, les longues nuits à la belle étoile, allongés entre deux massifs, fumant de la beuh tandis que nous étions jeunes adultes, puis tout est parti en vrille, j’ai quitté la région, et là je reviens pour trouver un no man’s land. La nature est si paisible lorsqu’on ne la domestique pas… Je dois savoir. Je longe le trottoir jusqu’à la maison de Madame Pernelle, une dame d’une soixantaine d’années aujourd’hui qui n’a jamais eu de petits enfants et qui avait reporté son manque sur nous. La fenêtre de sa chambre donne sur le jardin, on la regardait se déshabiller certains soirs… S’il s’est passé quelque chose elle était aux premières loges. - Hé môme ! Je suis heureuse de te voir ! Tu aurais pu m’envoyer un petit mot pendant toutes ces années ! - Le temps passe si vite Mme Pernelle… j’ai l’impression d’être parti hier. Comment allez-vous ? - Mes articulations me font souffrir c’est signe que je suis vivante donc. En d’autres circonstances j’aurais volontiers palabré longuement avec elle mais une seule chose m’obsède et je ne sais comment l’amener à me répondre sans brutalité. Je m’efforce de masquer mon désarroi. - Dites… je passais dans le coin, les souvenirs tout ça, et j’ai vu que la maison d’Erwan était fermée. Savez-vous où je peux le trouver ? - Ah ! On peut dire que vous étiez amis vous deux, une fratrie n’aurait pas été plus liée ! Mon pauvre ! Entre donc quelques minutes… Si elle me propose de m’asseoir c’est que ce qu’elle a à m’annoncer est grave. Je déglutis pour m’emplir de courage et je franchis le seuil. Elle me sert un thé chaud et ses éternels biscuits à la pomme. - Ce que je vais te dire je ne l’ai jamais dit à personne. Il y a un peu plus de deux ans, un soir, je venais de me coucher, il devait être près de minuit, j’ai entendu du remue-ménage à côté. Je me suis discrètement mise à la fenêtre et j’ai vu un camion de déménagement. J’ai d’abord cru à un cambriolage puis j’ai remarqué Erwan parmi les quatre gaillards qui s’affairaient. En moins de trois heures ils avaient emportés tous les objets et meubles de valeur. Le camion est parti et je ne l’ai plus jamais revu. Le lendemain matin j’ai entendu du bruit à nouveau, il y avait deux hommes en costume chic accompagnés de deux agents de police. Ils ont tambouriné un moment puis ont fracturé l’entrée. Ils sont venus frapper à ma porte mais je n’ai pas répondu. En mon âme et conscience je ne pouvais pas faire de faux témoignage aux autorités mais je voulais le protéger. Alors j’ai fait mine d’être absente. Lorsqu’on m’a interrogé plus tard, j’ai dit que j’étais en vacances. Ils ont été très discrets, je pense que personne d’autre ne l’aura remarqué s’enfuir. Si ça peut t’aider à retrouver sa trace, sur le camion était inscrit « Furniture Depository – véhicule de location ». J’ai prié pour qu’il n’ait pas commis quelque acte irréparable. J’espère que tu le retrouveras, si c’est le cas, où qu’il soit, transmets-lui mes amitiés. Quel soulagement ! Il n’était donc ni mort, ni en affaire avec des truands. Il avait dû faire quelque entourloupe à un financier, au fisc peut-être… C’est un moindre mal… Je le connaissais mieux que personne, tôt ou tard, je le retrouverais. |
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