De la pensée à l'expérience, de la théorie à l'expérimentation : Recueil de réflexions.
Rêve et Virtuosité.
Voici un billet principalement extrait d'une chronique du cine club de caen que j'ai juste envie de faire partager.
Je ne souhaite pas qu'elle soit comptabilisée pour le bonus Las Vegas Poker Dream mais simplement vous en faire part car le sujet me touche personnellement et correspond sur de nombreux points aux sentiments que j'éprouve sur ce film.
Cette entrée vous paraitra pour le moins anachronique mais je voudrais faire part, car elle est importante, de la dernière véritable claque que j'ai reçu en matière de cinéma. Ou plutôt quelque peu décalée car je vais traiter ci après d'un film datant de 2001, que j'avais toujours voulu voir mais à côté duquel j'étais passé, non sans regrets.
Cette attente de sept ans ne fut pas vaine puisque Mulholland Drive de David Lynch m'a tout simplement retourné. Il est de ces chef d'oeuvre que seul le cinéma peut apporter. Entendez que seul le cinéma est capable de réaliser et de nous offrir. Car on parle bien ici de cinéma regorgeant de tout ce qui fait qu'il est un art à part entière. Et non mineur comme les adptes inconditionnées de la littérature pourraient nous le faire croire.
Lorsque je l'ai vu pour la première fois, je n'ai pas ressenti le besoin de comprendre l'intrigue. Seuls la mise en scène, les mouvements de caméra, le jeu des actrices (Naomi Watts superbe dans le rôle de Betty) ont suffi à me faire déceler, et ce dès les premières minutes, le tour de maître auquel j'étais sur le point d'assister.
Il n'y a donc que le cinéma qui permette cela. Il suffit de se laisser portée par l'esthétique générale pour apprécier ce qui nous est offert sans nul besoin de chercher à comprendre. Même si mon esprit cartésien se devait d'être assouvi de clarté lors du deuxième visionnage, j'ai préféré dans un premier temps simplement savourer la virtuosité de l'exercice sans vouloir y donner de sens. Ce serait comme en peinture, apprécier un tableau abstrait pour sa beauté sans checher à distinguer ce qu'il représente vraiment.
Pour l'explication rationnelle du film, je vous laisse à vos méninges.
Enjoy guys !
Je ne souhaite pas qu'elle soit comptabilisée pour le bonus Las Vegas Poker Dream mais simplement vous en faire part car le sujet me touche personnellement et correspond sur de nombreux points aux sentiments que j'éprouve sur ce film.
Cette entrée vous paraitra pour le moins anachronique mais je voudrais faire part, car elle est importante, de la dernière véritable claque que j'ai reçu en matière de cinéma. Ou plutôt quelque peu décalée car je vais traiter ci après d'un film datant de 2001, que j'avais toujours voulu voir mais à côté duquel j'étais passé, non sans regrets.
Cette attente de sept ans ne fut pas vaine puisque Mulholland Drive de David Lynch m'a tout simplement retourné. Il est de ces chef d'oeuvre que seul le cinéma peut apporter. Entendez que seul le cinéma est capable de réaliser et de nous offrir. Car on parle bien ici de cinéma regorgeant de tout ce qui fait qu'il est un art à part entière. Et non mineur comme les adptes inconditionnées de la littérature pourraient nous le faire croire.
Lorsque je l'ai vu pour la première fois, je n'ai pas ressenti le besoin de comprendre l'intrigue. Seuls la mise en scène, les mouvements de caméra, le jeu des actrices (Naomi Watts superbe dans le rôle de Betty) ont suffi à me faire déceler, et ce dès les premières minutes, le tour de maître auquel j'étais sur le point d'assister.
Il n'y a donc que le cinéma qui permette cela. Il suffit de se laisser portée par l'esthétique générale pour apprécier ce qui nous est offert sans nul besoin de chercher à comprendre. Même si mon esprit cartésien se devait d'être assouvi de clarté lors du deuxième visionnage, j'ai préféré dans un premier temps simplement savourer la virtuosité de l'exercice sans vouloir y donner de sens. Ce serait comme en peinture, apprécier un tableau abstrait pour sa beauté sans checher à distinguer ce qu'il représente vraiment.
Citation:
Peut-être y-a-t-il une clé qui permet de décrypter totalement Mulholland Drive. Dans ce cas, elle est très certainement bleue et permet d'ouvrir la fameuse boite, bleue, elle aussi, qui, aux deux-tiers du film réarrange les personnages comme on réarrange les cartes pour un nouveau jeu qui, au premier abord, ne paraît ni plus vrai ni plus faux que le précédent.
Le cinéaste adopte assez souvent la posture du démiurge tout puissant avec sa caméra précédant le cheminement de ses héroïnes dans les couloirs de l'appartement ou filmant une porte juste avant que des coups n'y soient frappés pour nous faire pressentir l'étrangeté à venir. Plus nettement encore, les plans surplombants des gratte-ciel vus du d'avion, accompagnés sur la bande-son d'un souffle étrange, reflètent bien cette position toute puissante du cinéaste.
Il est possible aussi que ces enchaînements, difficilement compréhensibles lors de la première vision du film, s'apparentent à la logique du rêve. La jeune femme accidentée pourrait être une créature rêvée. Cette création est d'abord difficile à mettre en place : par trois fois, elle éprouve le besoin de dormir, le rêve étant alors entrecoupé de période de transitions ou de brusques changements (l'homme dans le Winkies qui raconte son cauchemar puis voit surgir le monstre évoqué et en meurt immédiatement). A signaler aussi la faculté du rêve à effacer les difficultés : lorsque Rita pénètre dans l'appartement de la tante, un regard de celle-ci vers sa porte lui laisse voir Rita y pénétrer. Ce qui, dans un montage classique en champ contre-champ (personnage regardant - vision de ce qu'il voit), devrait aboutir à une réaction de la tante, se termine ici comme de si rien n'était... De même, la virée dans ce théâtre Silencio débute au sortir d'un rêve et pourrait être un cauchemar de Rita.
Il est possible enfin que l'expérience filmique qui nous est proposée s'apparente à un happening théâtral similaire à celui vécu dans ce fameux théâtre par les deux héroïnes. Le spectacle repose sur un parti pris énoncé par le présentateur : la vie que vous croyez voir sur scène est fausse, tout est déjà enregistré. Les sons qui surgissent à l'appel du présentateur sont ainsi déjà enregistrés sur bande. Il est pourtant plus facile, au départ, de croire qu'un comparse joue réellement d'un instrument de derrière les rideaux et répond aux ordres du présentateur. Après quelques sons, un trompettiste vient d'ailleurs jouer sur scène, mais il s'interrompt et pourtant la musique continue d'être jouée. Il s'agit décidément bien d'une musique enregistrée. Un autre présentateur introduit alors une chanteuse argentine qui chante longuement en gros plans une chanson déchirante qui provoque les larmes de nos deux héroïnes. Elle aussi s'interrompt pourtant et s'évanouit et l'on découvre que, là aussi, il s'agissait d'une musique enregistrée. Décidément, c'est bien vrai, tout est faux et pourtant à chaque fois on y a cru, et ce d'autant plus fort que l'on croyait précédemment être dans le faux.
Ce révèle ainsi l'un des principes de mise en scène de Lynch : intensifier chaque moment en prenant le contre-pied du moment précèdent et surtout du savoir précédent. Car telle est là l'économie formidable proposée par la répétition décalée : la vitesse étant déjà acquise, seule l'accélération compte ; la psychologie étant déjà admise, toute l'émotion porte sur la vérité introduite par le décalage avec le moment précédent. Il n'est pas très nouveau de nous faire croire que les personnages vivent réellement leurs dialogues alors qu'il ne s'agit que de la répétition d'un texte. Ainsi, l'amorce de la première séquence de répétition de l'audition entre Betty et Rita est-elle le seul vrai moment d'émotion de cette séquence. Mais lorsque Betty rejoue la scène avec le vieil acteur concupiscent, le décalage et la performance sont permanents. Décalage encore qui permet de se concentrer sur le seul jeu des actrices lors des scènes de play-back. Cinéaste de l'illusion, David Lynch croit aux puissances du faux et à leur capacité de dire une vérité qui ne se révèle que par contraste avec des vérités plus ternes.
Il pourrait suffire de dire que Lynch est un cinéaste fasciné par la toute puissance de la création ou expérimentant au cinéma la logique du rêve ou proposant une émotion digne d'une performance artistique. On a pourtant du mal à croire qu'un artiste se contente de juxtaposer des logiques particulières sans fil directeur. Après tout, on a longtemps cru que Citizen Kane, Le grand sommeil ou 2001 l'odyssée de l'espace étaient des films incompréhensibles avant que la critique moderne, armée de magnétoscope s'il le faut, n'arrive à restituer leur évidence à ces films. Il est certain pourtant que l'aura de mystère qui a plané sur ces films a contribué à leur légende. Car leurs images ont sensibilisé notre mémoire avant qu'un sens plein ne vienne nous en donner la clé.
Cette possibilité de créer des images archétypes qui ne se remplissent de sens que par la suite est la marque du chef d'œuvre et, probablement, le nid de l'émotion. Emotion malheureusement très peu présente dans des films mystérieux, rusés mais qui ne suscitent que notre raison, comme Usual Suspects de Bryan Singer sorti en 1995 (mon avant dernière claque).
Le cinéaste adopte assez souvent la posture du démiurge tout puissant avec sa caméra précédant le cheminement de ses héroïnes dans les couloirs de l'appartement ou filmant une porte juste avant que des coups n'y soient frappés pour nous faire pressentir l'étrangeté à venir. Plus nettement encore, les plans surplombants des gratte-ciel vus du d'avion, accompagnés sur la bande-son d'un souffle étrange, reflètent bien cette position toute puissante du cinéaste.
Il est possible aussi que ces enchaînements, difficilement compréhensibles lors de la première vision du film, s'apparentent à la logique du rêve. La jeune femme accidentée pourrait être une créature rêvée. Cette création est d'abord difficile à mettre en place : par trois fois, elle éprouve le besoin de dormir, le rêve étant alors entrecoupé de période de transitions ou de brusques changements (l'homme dans le Winkies qui raconte son cauchemar puis voit surgir le monstre évoqué et en meurt immédiatement). A signaler aussi la faculté du rêve à effacer les difficultés : lorsque Rita pénètre dans l'appartement de la tante, un regard de celle-ci vers sa porte lui laisse voir Rita y pénétrer. Ce qui, dans un montage classique en champ contre-champ (personnage regardant - vision de ce qu'il voit), devrait aboutir à une réaction de la tante, se termine ici comme de si rien n'était... De même, la virée dans ce théâtre Silencio débute au sortir d'un rêve et pourrait être un cauchemar de Rita.
Il est possible enfin que l'expérience filmique qui nous est proposée s'apparente à un happening théâtral similaire à celui vécu dans ce fameux théâtre par les deux héroïnes. Le spectacle repose sur un parti pris énoncé par le présentateur : la vie que vous croyez voir sur scène est fausse, tout est déjà enregistré. Les sons qui surgissent à l'appel du présentateur sont ainsi déjà enregistrés sur bande. Il est pourtant plus facile, au départ, de croire qu'un comparse joue réellement d'un instrument de derrière les rideaux et répond aux ordres du présentateur. Après quelques sons, un trompettiste vient d'ailleurs jouer sur scène, mais il s'interrompt et pourtant la musique continue d'être jouée. Il s'agit décidément bien d'une musique enregistrée. Un autre présentateur introduit alors une chanteuse argentine qui chante longuement en gros plans une chanson déchirante qui provoque les larmes de nos deux héroïnes. Elle aussi s'interrompt pourtant et s'évanouit et l'on découvre que, là aussi, il s'agissait d'une musique enregistrée. Décidément, c'est bien vrai, tout est faux et pourtant à chaque fois on y a cru, et ce d'autant plus fort que l'on croyait précédemment être dans le faux.
Ce révèle ainsi l'un des principes de mise en scène de Lynch : intensifier chaque moment en prenant le contre-pied du moment précèdent et surtout du savoir précédent. Car telle est là l'économie formidable proposée par la répétition décalée : la vitesse étant déjà acquise, seule l'accélération compte ; la psychologie étant déjà admise, toute l'émotion porte sur la vérité introduite par le décalage avec le moment précédent. Il n'est pas très nouveau de nous faire croire que les personnages vivent réellement leurs dialogues alors qu'il ne s'agit que de la répétition d'un texte. Ainsi, l'amorce de la première séquence de répétition de l'audition entre Betty et Rita est-elle le seul vrai moment d'émotion de cette séquence. Mais lorsque Betty rejoue la scène avec le vieil acteur concupiscent, le décalage et la performance sont permanents. Décalage encore qui permet de se concentrer sur le seul jeu des actrices lors des scènes de play-back. Cinéaste de l'illusion, David Lynch croit aux puissances du faux et à leur capacité de dire une vérité qui ne se révèle que par contraste avec des vérités plus ternes.
Il pourrait suffire de dire que Lynch est un cinéaste fasciné par la toute puissance de la création ou expérimentant au cinéma la logique du rêve ou proposant une émotion digne d'une performance artistique. On a pourtant du mal à croire qu'un artiste se contente de juxtaposer des logiques particulières sans fil directeur. Après tout, on a longtemps cru que Citizen Kane, Le grand sommeil ou 2001 l'odyssée de l'espace étaient des films incompréhensibles avant que la critique moderne, armée de magnétoscope s'il le faut, n'arrive à restituer leur évidence à ces films. Il est certain pourtant que l'aura de mystère qui a plané sur ces films a contribué à leur légende. Car leurs images ont sensibilisé notre mémoire avant qu'un sens plein ne vienne nous en donner la clé.
Cette possibilité de créer des images archétypes qui ne se remplissent de sens que par la suite est la marque du chef d'œuvre et, probablement, le nid de l'émotion. Emotion malheureusement très peu présente dans des films mystérieux, rusés mais qui ne suscitent que notre raison, comme Usual Suspects de Bryan Singer sorti en 1995 (mon avant dernière claque).
Enjoy guys !
Nombre de commentaires 7
Commentaires
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décidément on pourrait constituer une discothèque et une dvdthèque ensemble... après Radiohead voila que tu consacres un post à mon film culte. Je l'ai vu 6 fois et à chaque fois que je le revois je comprend davantage... C'est un film merveilleux au niveau de la mise en scène, scénario tordu à souhait et il est à ranger aux côtés de Citizen Kane.
Des scènes hors du commun dépassant l'entendement: la scène de Betty avec le vieil acteur, le casting, et l'apothéose de l'émotion avec la diva dans le Silencio.
A noter aussi l'humour très présent: l'expresso en témoigne, le cinéaste raté trompé par sa femme...
Qu'est ce qui est faux? Qu'est ce qui est vrai? Ou est la frontière entre la réalité et le rêve? Un travail d'orfèvre soutenu par des acteurs magnifiquement dirigés et une bande son exceptionnelle (thème original de Badalamenti, qui joue aussi dans le film!)
Je suis heureux qu'on parle de ce film ici, un film incompris par beaucoup, mais qui a porté sur moi une fascination que très peu de films m'ont apporté.
Merci Zazz. Tiens tu me donnes envie de le revoir !Envoyé 13/11/2008 à 19h12 par MatrosCPT
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Envoyé 14/11/2008 à 04h10 par Cool-Down
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Envoyé 14/11/2008 à 15h06 par ZAZZ
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Envoyé 14/11/2008 à 20h06 par Cool-Down
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Envoyé 14/11/2008 à 21h48 par BabylonPression
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Chez Lynch je suis complément contre à chercher la cohérence rationnelle. Il aime le mystère et la magie du mystère. Quand il a rencontre Billy Wilder, Wilder l'a raconté comment était vraiment la maison de Sunset Boulevard. Il a failli ne plus jamais lui parler parce que Wilder lui a brisé toute la magie de ce film pour lui culte.
C'est ce que j'aime chez lui dans tous ces projets: que ça soit Twin Peaks et son rêve miraculeux ou Eraserhead et ce bébe bizarre...Envoyé 14/11/2008 à 22h26 par Flak
Mis à jour 15/11/2008 à 13h34 par Flak -
Envoyé 15/11/2008 à 13h24 par MatrosCPT









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