
Genèse
Envoyé 07/01/2008 à 17h29 par clinty
Tout a commencé au siècle dernier, à l’époque où le poker n’existait pas, où Bruel était chanteur à minette et où la France n’était pas encore championne du monde.
Zizou avait des cheveux et moi de l’acnée, c’était les années 1990.
Je me souviens avoir aimé Maverick (1994), avec Gibson et Foster, était-ce vraiment parce qu’il était bon ou parce que j’étais minot ?
On jouait beaucoup au poker avec les copains, une sorte de poker fermé à 5 cartes, avec des règles plus ou moins assimilées et des billets partout sur la table. Des gris, des bleus, des verts et des oranges, les fameux 50 000 du Monopoly. C’était à celui qui passait le plus gros bluff, qui trichait le plus subtilement et qui sortait la phrase qui tue le plus !
« J’ai deux petites paires : une paire de 8 et.... une paire de 8 »
On a beaucoup ri.
Et puis un jour, peut-être parce qu’on était jamais au point sur le règlement (« Non j’te dis qu’on doit changer 4 cartes maximum ! »), ou peut-être après avoir vu Rounders (1998), je ne sais plus et lui non plus, Julien (Noone sur Limpers) dégote les règles du poker sur le web.
Ca devait être un des seuls foyer dans le triangle Moissac-Castel-Valence d’agen disposant du net, et ça allait être la révolution. (en 56k !)
En un jour avec Julien nous avons apprit le Hold’em (qu’on appelait le Vegas), mais aussi tout un tas de variantes jusqu’aux plus exotiques d’entres elles, le stud5, le double Vegas, le courchevel....
On a formé les copains qui jouaient déjà avec nous et ce fut parti pour un nouveau cycle mémorable.
Je me souviens encore de ma première partie de vrai poker, avec du vrai argent ; un hold’em pot limit, blinds 2 et 4 centimes de francs, cave à 3 francs. J’avais gagné 18 centimes !
Ce fut alors le temps des grands dealer choice, avec quatre ou cinq variantes toutes jouées en pot limit, toujours avec ces billets de Monopoly qu’on aura usé jusqu’au bout. Ces soirées interminables dans le garage avec la maman qui vient te pourir devant tes copains pour que tu fasses moins de bruit, que tu ailles au lit, et surtout, oui surtout, que tu ne joues pas d’argent.
De grands moments de déconnade.
De grands moments de solitude aussi quand il s’agissait pour moi de communiquer sur le poker. Vous voyez les poncifs véhiculés par ce jeu aujourd’hui ? Et bien imaginez-les dans l’époque précolombienne, euh... précanalienne, avant canal+ et le WPT, avant le buzz, la mode, imaginez ce que c’était que parler de poker (de Hold’em !) à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ! La Bohème c’est aujourd’hui pour le poker player !
Le plus amusant, et le plus éreintant, c’était les soirées « formation ».
Va donc faire comprendre à quelqu’un culturellement baigné dans un monde où le poker, au cinéma, à la télé, dans les bars etc... est un jeu qui se joue avec 5 cartes dans la main, qu’en fait le monde n’est qu’une illusion, qu’on le trompe que ce n’est qu’une vaste conspiration et qu’en fait, le poker, oui monsieur, c’est 2 cartes dans la main.
Va le faire comprendre.
Soit on passait pour des escrocs qui s’inventaient des règles pour tricher (comme avec le boss du tabac du village), soit pour des tocards, « mais qu’est-ce que tu fais, c’est pas comme ça qu’on joue au pokéééééééérrrr », soit pour des vaniteux qui prétendaient avoir raison contre le reste du monde.
On essayait de montrer combien le hold’em était beaucoup plus intéressant techniquement et stratégiquement (j’étais encore loin de savoir jusqu’à quel point !) que le fermé, mais c’était souvent difficile et peine perdu, les gens (des ados casse-couilles comme nous) voulaient du poker fermé, le seul qui vaille, celui qu’on voit dans les films de gangsters.
J’me souviens aussi qu’on se disait que c’était dingue qu’un jeu aussi passionnant, un jeu qui pour nous avait écrasé tous les autres, ne soit pas populaire, on se demandait pourquoi personne ne jouait à ça alors que c’était clairement mieux que tout ce qu’on avait déjà essayé.
Ah ! Si les gens connaissaient au moins !
Et vous connaissez la suite, en 2005 je crois, canal+, Bruel, WPT : la folie poker etc....
D’un coup, la passion que je partageais avec quelques copains devenait un phénomène de société.
Au début de la folie poker j’ai eu le plus gros edge de ma vie, un avantage énorme que jamais je ne pourrais retrouver, mais ça mérite une anecdote :
Mon pote Tibo (baron samedi sur limpers) dégote un nouveau fan de poker, qui soit disant veut absolument jouer avec nous etc... J’étais pas chaud mais pourquoi pas, ça sera un cash chez moi, cave à 10 euros (oui, on passe à l’euro, ma carrière pokéristique couvre plusieurs ères historico-monétaire).
Soirée mythique, le mec débarque en costard, nous raconte sa vie de gros fils à papa. Il est responsable de la boite de son père (export de vin) pour le sud de la France (ou un truc du genre, Tibo corrigera si besoin), grosse voiture, rasé de près etc.
Pour se faire bien voir il commande 2 tonnes de pizza qu’il tient à règler seul.
J’ai jamais trop su comment Tibo a connu ce mec, si c’était un gag ou je ne sais quoi...
En tous cas l’ami pigeon a dû rester à la table maxi 30mn après s’être fait déstacké trois ou quatre fois.
On a été courtois et gêné (enfin surtout moi), mais on a beaucoup ri quand monsieur est parti.
Moins marrant et en aparté, je pense que je peux mettre sur le compte du poker le fait d’avoir perdu quelques copains/copines.
Puis il y a eu Limpers et un gros cap de progression progressive au contact de tous ces nouveaux joueurs, comme SeTo, premier déglingo à intégrer mon cercle prélimpers !
Un bisou à Fredo et William.enzo, mon premier tournoi limpers c’était à Muret, longtemps avant d’être le premier vainqueur du Muret Poker Tour !
Puis il y a eu Barcelone et son EPT (aout 2007), qualifié grace à Limpers et Winamax. Un excellent souvenir qui m’a encore fait franchir un pallier.
Mais un tournant aussi, depuis Barcelone je n’ai pas joué online (excepté le championnat limpers). Entre une semaine avant et une semaine après l’EPT je suis parti en tilt purificateur de bankroll.
Multitabling overollé, cash out, donk move, j’ai perdu beaucoup....enfin non, tout est relatif, j’ai perdu tout ce que j’avais gagné avant, ou pas loin.
On pourrait débattre de l’impact psychologique d’un tel tournoi sur un jeune amateur passioné comme moi.
Tout m’a paru fade.
Et puis à force de lire vos blogs et leurs courbes, leurs stats, leurs chiffres, je me suis dis que moi aussi, en m’exposant publiquement, jamais plus je ne partirai en tilt purificateur de bankroll.
à suivre...
Zizou avait des cheveux et moi de l’acnée, c’était les années 1990.
Je me souviens avoir aimé Maverick (1994), avec Gibson et Foster, était-ce vraiment parce qu’il était bon ou parce que j’étais minot ?
On jouait beaucoup au poker avec les copains, une sorte de poker fermé à 5 cartes, avec des règles plus ou moins assimilées et des billets partout sur la table. Des gris, des bleus, des verts et des oranges, les fameux 50 000 du Monopoly. C’était à celui qui passait le plus gros bluff, qui trichait le plus subtilement et qui sortait la phrase qui tue le plus !
« J’ai deux petites paires : une paire de 8 et.... une paire de 8 »
On a beaucoup ri.
Et puis un jour, peut-être parce qu’on était jamais au point sur le règlement (« Non j’te dis qu’on doit changer 4 cartes maximum ! »), ou peut-être après avoir vu Rounders (1998), je ne sais plus et lui non plus, Julien (Noone sur Limpers) dégote les règles du poker sur le web.
Ca devait être un des seuls foyer dans le triangle Moissac-Castel-Valence d’agen disposant du net, et ça allait être la révolution. (en 56k !)
En un jour avec Julien nous avons apprit le Hold’em (qu’on appelait le Vegas), mais aussi tout un tas de variantes jusqu’aux plus exotiques d’entres elles, le stud5, le double Vegas, le courchevel....
On a formé les copains qui jouaient déjà avec nous et ce fut parti pour un nouveau cycle mémorable.
Je me souviens encore de ma première partie de vrai poker, avec du vrai argent ; un hold’em pot limit, blinds 2 et 4 centimes de francs, cave à 3 francs. J’avais gagné 18 centimes !
Ce fut alors le temps des grands dealer choice, avec quatre ou cinq variantes toutes jouées en pot limit, toujours avec ces billets de Monopoly qu’on aura usé jusqu’au bout. Ces soirées interminables dans le garage avec la maman qui vient te pourir devant tes copains pour que tu fasses moins de bruit, que tu ailles au lit, et surtout, oui surtout, que tu ne joues pas d’argent.
De grands moments de déconnade.
De grands moments de solitude aussi quand il s’agissait pour moi de communiquer sur le poker. Vous voyez les poncifs véhiculés par ce jeu aujourd’hui ? Et bien imaginez-les dans l’époque précolombienne, euh... précanalienne, avant canal+ et le WPT, avant le buzz, la mode, imaginez ce que c’était que parler de poker (de Hold’em !) à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ! La Bohème c’est aujourd’hui pour le poker player !
Le plus amusant, et le plus éreintant, c’était les soirées « formation ».
Va donc faire comprendre à quelqu’un culturellement baigné dans un monde où le poker, au cinéma, à la télé, dans les bars etc... est un jeu qui se joue avec 5 cartes dans la main, qu’en fait le monde n’est qu’une illusion, qu’on le trompe que ce n’est qu’une vaste conspiration et qu’en fait, le poker, oui monsieur, c’est 2 cartes dans la main.
Va le faire comprendre.
Soit on passait pour des escrocs qui s’inventaient des règles pour tricher (comme avec le boss du tabac du village), soit pour des tocards, « mais qu’est-ce que tu fais, c’est pas comme ça qu’on joue au pokéééééééérrrr », soit pour des vaniteux qui prétendaient avoir raison contre le reste du monde.
On essayait de montrer combien le hold’em était beaucoup plus intéressant techniquement et stratégiquement (j’étais encore loin de savoir jusqu’à quel point !) que le fermé, mais c’était souvent difficile et peine perdu, les gens (des ados casse-couilles comme nous) voulaient du poker fermé, le seul qui vaille, celui qu’on voit dans les films de gangsters.
J’me souviens aussi qu’on se disait que c’était dingue qu’un jeu aussi passionnant, un jeu qui pour nous avait écrasé tous les autres, ne soit pas populaire, on se demandait pourquoi personne ne jouait à ça alors que c’était clairement mieux que tout ce qu’on avait déjà essayé.
Ah ! Si les gens connaissaient au moins !
Et vous connaissez la suite, en 2005 je crois, canal+, Bruel, WPT : la folie poker etc....
D’un coup, la passion que je partageais avec quelques copains devenait un phénomène de société.
Au début de la folie poker j’ai eu le plus gros edge de ma vie, un avantage énorme que jamais je ne pourrais retrouver, mais ça mérite une anecdote :
Mon pote Tibo (baron samedi sur limpers) dégote un nouveau fan de poker, qui soit disant veut absolument jouer avec nous etc... J’étais pas chaud mais pourquoi pas, ça sera un cash chez moi, cave à 10 euros (oui, on passe à l’euro, ma carrière pokéristique couvre plusieurs ères historico-monétaire).
Soirée mythique, le mec débarque en costard, nous raconte sa vie de gros fils à papa. Il est responsable de la boite de son père (export de vin) pour le sud de la France (ou un truc du genre, Tibo corrigera si besoin), grosse voiture, rasé de près etc.
Pour se faire bien voir il commande 2 tonnes de pizza qu’il tient à règler seul.
J’ai jamais trop su comment Tibo a connu ce mec, si c’était un gag ou je ne sais quoi...
En tous cas l’ami pigeon a dû rester à la table maxi 30mn après s’être fait déstacké trois ou quatre fois.
On a été courtois et gêné (enfin surtout moi), mais on a beaucoup ri quand monsieur est parti.
Moins marrant et en aparté, je pense que je peux mettre sur le compte du poker le fait d’avoir perdu quelques copains/copines.
Puis il y a eu Limpers et un gros cap de progression progressive au contact de tous ces nouveaux joueurs, comme SeTo, premier déglingo à intégrer mon cercle prélimpers !
Un bisou à Fredo et William.enzo, mon premier tournoi limpers c’était à Muret, longtemps avant d’être le premier vainqueur du Muret Poker Tour !
Puis il y a eu Barcelone et son EPT (aout 2007), qualifié grace à Limpers et Winamax. Un excellent souvenir qui m’a encore fait franchir un pallier.
Mais un tournant aussi, depuis Barcelone je n’ai pas joué online (excepté le championnat limpers). Entre une semaine avant et une semaine après l’EPT je suis parti en tilt purificateur de bankroll.
Multitabling overollé, cash out, donk move, j’ai perdu beaucoup....enfin non, tout est relatif, j’ai perdu tout ce que j’avais gagné avant, ou pas loin.
On pourrait débattre de l’impact psychologique d’un tel tournoi sur un jeune amateur passioné comme moi.
Tout m’a paru fade.
Et puis à force de lire vos blogs et leurs courbes, leurs stats, leurs chiffres, je me suis dis que moi aussi, en m’exposant publiquement, jamais plus je ne partirai en tilt purificateur de bankroll.
à suivre...
Nombre de commentaires 6
Commentaires
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Envoyé 07/01/2008 à 17h58 par Pprofesseur
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Envoyé 07/01/2008 à 23h17 par OliveStech
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Envoyé 08/01/2008 à 14h24 par ThePunisher31
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Envoyé 10/01/2008 à 14h42 par greg31
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Envoyé 15/01/2008 à 04h56 par Nzo
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Envoyé 31/01/2008 à 23h19 par OlivenoMuck









